Se Canto : au choeur des maisons de retraite dans Pèlerin Magazine

Le dimanche 11 novembre, l’équipe Se Canto de Saint-Martin-d’Hères, dans l’Isère, a accueilli la journaliste de Pèlerin Faustine Prévot et le photographe Pablo Chignard pour un reportage sur notre association. Le résultat : ce bel article de 2 pages Se Canto : au chœur des maisons de retraite, que nous avons le plaisir de vous faire découvrir ici.

Merci à la rédaction de Pèlerin de s’être intéressée à l’action de Se Canto et bonne lecture à vous !
 
 

Ils chantent pour nos aînés, mais aussi avec eux. Une association de bénévoles fait ainsi fredonner les pensionnaires du Bon Pasteur depuis vingt ans. Avis aux amateurs qui voudraient pousser la note!

 

Saint-Martin-d’Hères dans l’Isère, le dimanche 11 novembre. La salle à manger de la maison de retraite du Bon Pasteur semble triste, malgré ses nappes jaunes et ses sièges fuchsia. Une trentaine de résidents, octogénaires ou plus, sont installés à table, parfois dans des fauteuils roulants. Ils attendent Se Canto, l’association de bénévoles qui les fait chanter une fois par mois. Et qui arrive comme une bouffée d’air.

A peine les partitions sorties et les micros branchés, Sophie Fitte, jeune femme tonique, présente son équipe : Constance, sa fille de 6 ans, Titou, l’homme-orchestre, et son fils Antonin ;  Myriam, jeune pianiste débarquée de Lyon ; Jacques et Florence, couple de retraités, et Anne. Pas question de broyer du noir en ce jour d’hommage aux morts pour la France. Le premier morceau, de 1914, Quand Madelon, donne le ton : une serveuse de cabaret qui mettait du baume au cœur des poilus. Cette année, Se Canto, qui compte 800 bénévoles dans vingt villes de l’hexagone, fête ses 20 ans. Chaque équipe, composée d’une dizaine de participants de tous âges, revient chaque mois dans le même établissement.

Se Canto près de chez vous

Joie du partage et nostalgie

A l’origine de l’initiative, Hervé Fitte, directeur des ressources humaines, alors étudiant à Toulouse : “La musique est un prétexte. Je voulais que les jeunes s’en servent pour sortir les aînés de leur solitude”. Cette joie du moment partagé, l’une des pensionnaires, sœur Denise, voile bleu encadrant sa peau diaphane, la ressent intensément : “Un peu comme lors des messes, nous ne faisons qu’un : soi, les autres, le monde et Dieu”.

Pour d’autres, Se Canto ouvre la porte plus lourde du passé. Odette, élégante avec ses boucles dorées, a demandé Enfants de tous pays d’Enrico Macias, qui lui rappelle l’Algérie. La nonagénaire tient ses mains serrées, jusqu’à ce que la chanteuse vienne glisser sa paume dans la sienne. Des larmes perlent au coin de ses yeux. “En 1962, c’était soit l’arrachement à l’Oranie, soit le cercueil. Nous avons tout abandonné. Il ne nous restait même pas une chemise”, souffle-t-elle.

Andrée, elle, éprouve une émotion encore plus bouleversante. Atteinte de la maladie de Parkinson, elle est en fauteuil roulants et souffre de troubles cognitifs. Là, sur des airs de sa jeunesse, elle enchaîne les paroles sans hésiter, plaisante même sur Auprès de ma blonde : “Et si on est brune, on fait comment?”. En faisant surgir le passé qu’elle maîtrise encore, les mélodies l’inscrivent dans le présent qui lui échappe.

Se trouver face à cet auditoire n’a rien d’évident. Emmanuel, technicien en microélectronique et guitariste, a rejoint Se Canto il y a 7 ans, curieux d’explorer le répertoire des succès de toujours. “J’étais mal à l’aise devant ce public qui souriait et applaudissait peu. Mais rapidement, une résidente nous a félicités alors qu’elle n’avait rien manifesté. Et j’ai compris la délicatesse d’un autre mode de relation”. A force de venir, de jouer puis discuter, il s’est attaché à certains pensionnaires, notamment “le clan des soeurs, très rigolotes”.

Donner et recevoir, un refrain du monde associatif. Pourtant, c’est bien la qualité des liens instaurés par les personnes âgées qui a touché Hervé Fitte : “N’étant plus dans la représentation sociale, elles vont à l’essentiel avec une sincérité désarmante”. L’autre force de l’expérience, c’est qu’elle est collective.

Sophie y a noué des amitiés avec d’autres bénévoles qu’elle n’aurait pas forcément rencontré, comme Emmanuel : “Dans cette action solidaire, je me suis rapprochée de certains intimes, telle la marraine de ma benjamine”. Un engagement qu’elle partage avec ses enfants. Cet après-midi, sa cadette a tâté du djembé, entonné Santiano et laissé au Bon Pasteur un peu du trésor qu’elle détient sans le savoir : la vie devant elle.

 

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